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Planète, climat, réveillez-vous !
(Anne Hessel, Jean Jouzel, Pierre Larrouturou)

« Comme des somnambules nous marchons vers l’abîme » (Edgar Morin)

1- L’état des lieux : la maison brûle
- Depuis 1870, la température du globe a augmenté de 0,80°. La Californie, le Portugal, la Grèce, le Nord de l’Europe... brûlent, le Rhin devient difficilement navigable, EDF a dû arrêter 4 centrales nucléaires en raison du trop faible débit du Rhône. Les récoltes de blé sont en baisse de 30 %. Les pluies diluviennes et les inondations se répètent au Pérou, en Inde, en France.
- Aucun pays n’échappe aujourd’hui au dérèglement climatique. Le nombre d’évènements climatiques extrêmes a plus que doublé en moins de 30 ans !
- De quoi sera fait l’avenir à l’horizon 2050 ? Selon la FAO, des récoltes divisées par 2 en Afrique ! 50 fois plus de décès en Europe. En France, des canicules allant de 48° en Bretagne à 55° dans l’est ! Des régions qui deviendront inhabitables (nord de la Chine, pays de la péninsule arabe…), d’autres entièrement submergées par les eaux (les îles, le Bangladesh, 9 millions d’habitants aux Pays-Bas…). Conséquence : selon l’ONU, un milliard de migrants d’ici à 2050 !

2- Les causes : nos émissions de gaz à effet de serre
- Une première alerte a été lancée en 1971 à Stockholm puis en 1979 par le rapport Charney. La concentration de CO2 (dioxyde de carbone) dans l’atmosphère (mesurée depuis 1958 à l’observatoire de Mauna Loa) est passée de 315 parts par million à cette époque à 411 ppm en 2018. Pire : le rythme de concentration de CO2 dans l’air est 3 fois plus rapide qu’il y a 60 ans. Bien sûr, on peut objecter qu’il y a déjà eu par le passé des réchauffements climatiques, mais ceux-ci étaient 20 fois moins rapides qu'actuellement. Les causes naturelles (activité solaire et volcans) ne peuvent au plus expliquer qu’un réchauffement de 0,1°.
- Deux bonnes nouvelles : les causes du réchauffement sont désormais connues et partagées par tous les scientifiques sérieux et nous en sommes la cause principale. Rien à voir avec l’extinction des dinosaures provoquée par une météorite géante. La météorite c’est l’homme !

3- Demain il sera trop tard !
Le 13 novembre 2017, 15 000 scientifiques lancent un cri d’alarme : « Demain il sera trop
tard ! », parce que :

- les émissions ne baissent pas : l’objectif c’est la neutralité carbone en 2050 (zéro émission), donc une baisse de 3 % chaque année. Or en France, ce n’est pas - 3° que l’on constate en 2017, mais + 3°, et en Europe + 1,8°.
- des boucles de rétroaction (cercles vicieux) se mettent en œuvre :
   * la fonte des glaces due au réchauffement diminue les surfaces blanches, ce qui accélère le réchauffement. Or en moins de 40 ans, la surface totale des glaces est déjà passée de 23,5 millions de km² à 21 millions.
   * la fonte du permafrost en se décomposant produit du CO2 mais surtout du CH4 (méthane), 30 fois plus réchauffant que le CO2 !
   * l'augmentation des feux de forêts : outre la déforestation (pour planter du soja nourrissant les élevages européens), responsable d’au moins 20 % des émissions mondiales de gaz, une forêt qui brûle émet des quantités énormes de CO2 et surtout devient une surface noire absorbant la chaleur.

4- Les 4 scénarios possibles
L’ONU envisage 4 scénarios :
1- Les Etats continuent au même rythme = + 1,5° en 2040, et + 4 ou 5° à la fin du siècle : la Terre devient une étuve ;
2- Les Etats ne respectent pas les engagements pris, ce qui est le cas aujourd’hui = + 3 à 3,5° à la fin du siècle ;
3- et 4- Pour rester à + 2°, il faut réduire les rejets mondiaux de gaz à 42 milliards de tonnes en 2030 (52 en 2016) et réduire à 36 milliards pour rester à + 1,5°.
Ce qui suppose de déclarer la guerre au dérèglement climatique.

5- Zéro émission, c’est possible !
Pour parvenir à zéro émission nette en 2050, des changements radicaux sont nécessaires. Il faut diviser par 2 notre consommation d’énergie et il faut qu’elle soit décarbonée, ce qui suppose :
- la sobriété dans nos choix personnels et collectifs ;
- la réparation, le recyclage, la réutilisation à tous les niveaux ;
- mais aussi isoler 100 % des bâtiments, repenser 100 % des transports, développer les circuits courts et de saison pour l’alimentation, changer notre modèle agricole (moins de viande, moins d’intrants) ;
- investir massivement dans les énergies renouvelables, la recherche, l’innovation.

6- Réussir un chantier colossal, c’est possible !
Trois exemples passés prouvent que ce défi est possible, s’il y a une volonté :
- Quand la IIIe République décide que l’éducation doit être accessible à tous, elle fait construire en quelques années plusieurs dizaines de milliers d’écoles dans tout le pays.
- Quand Roosevelt déclare la guerre au Japon, toute l’industrie américaine est mobilisée pour la guerre : la production de voitures individuelles est arrêtée et les citoyens sont invités à faire du covoiturage.
- Quand les USA décident d’aller sur la lune, le budget de la NASA est multiplié par 15 :
400 000 personnes sont mobilisées.

7- Mille milliards pour le climat !
- Pour la France, le coût total de la transition énergétique est estimé à 45-75 milliards par an selon un organisme proche de la Caisse des dépôts et consignations.
- Pour l’ensemble de l’Europe, la Cour des comptes européenne estime le budget de la transition à 1 115 milliards d’euros par an. Comment faire ?
- Rappelons qu’à partir de 2014, la Banque centrale européenne a créé massivement de l’argent et mis à disposition des banques 2 500 milliards en 3 ans pour sauver la croissance.

8- Le Pacte climat emploi pour remettre la finance au service du bien commun
Comment amorcer la pompe ? En même temps que des taxes sur les transactions financières et sur le CO2, deux leviers doivent être utilisés au plus vite :
a- La création d'une Banque européenne du climat, filiale à 100 % de la Banque européenne d’investissement, disposant de 1 000 milliards et chargée de financer la transition écologique.
- La France disposerait ainsi de 45 milliards d’euros par an, l’Allemagne de 60, la Pologne
de 16...

- Rappelons qu’en 1989, il a suffi de 6 mois à la France et à l'Allemagne pour créer la BERD et financer la transition des ex-pays soviétiques.
- Le pacte climat emploi financera tous les chantiers de la transition :                                    

    * rénovation thermique obligatoire de tous les bâtiments privés et publics d’ici 20 ans ;
   * investissements massifs dans les transports en commun, changement de notre modèle agricole, développement des énergies renouvelables.
- De nouvelles règles devront être adoptées dans tous les domaines (exemple : un taux minimum de CO2 devra être défini pour pouvoir circuler).
- Le pacte permettra de relever plusieurs défis : gagner la bataille du climat, créer des emplois
(700 000 à 900 000 selon l’ADEME), diminuer la spéculation, renforcer la recherche, améliorer le pouvoir d’achat, répondre à la crise des réfugiés.

b- Une contribution climat de 5 % créée sur les résultats des entreprises européennes (1 910 milliards d’euros en 2016) rapporterait 100 milliards par an. Cette contribution se justifie par la baisse générale des salaires constatée en Europe alors que les dividendes n’ont jamais été aussi élevés (en France : + 23 % en un an ; en Europe, 500 milliards rien qu’au 2e trimestre 2018). Cette somme permettrait d’abonder le budget européen pour cofinancer le chantier de division des émissions par 4en Europe, d'investir massivement dans la recherche et d'augmenter l’aide aux pays d’Afrique et du pourtour méditerranéen.

Conclusion
Stéphane Hessel affirmait qu’il fallait lutter contre le découragement : « On a connu l’apartheid et la fin de l’apartheid. On a connu le mur de Berlin et la fin du mur de Berlin ». Alors, réveillons-nous et déclarons la guerre au dérèglement climatique. C’est la seule guerre qui peut unir les peuples !