Chaloupe

Sécurité alimentaire (pesticides, OGM, perturbateurs endocriniens...) :
à quand une véritable indépendance des institutions ?

 

Le 20 mars, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence de l’Organisation mondiale de la santé, déclarait le glyphosate, molécule de base du Round up de Monsanto, pesticide le plus vendu au monde, génotoxique, cancérogène pour l’animal et « cancérogène probable » pour l’homme. Depuis cette date, le CIRC est la cible d’attaques virulentes de Monsanto-Bayer qui visent à le décrédibiliser alors que les études du CIRC se fondent sur des expertises internationales indépendantes.

Rappelons que l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) contestent également ces conclusions du CIRC et qu’en conséquence, la Commission européenne a donné son accord le 16 mai à un possible renouvellement pour 10 ans de l'autorisation du glyphosate, dont la licence est arrivée à terme.

Concernant les perturbateurs endocriniens, l’Europe, sous la pression des lobbies industriels, n’a toujours pas défini ces perturbateurs, étape préalable avant une éventuelle interdiction ou limitation.

Concernant les OGM, les grands semenciers (tel Monsanto) entretiennent aussi ce que l'on appelle la « fabrique du doute », en remettant en question les rapports des ONG.

La grande question qui se pose donc aujourd’hui à propos de la sécurité des consommateurs est celle de l’indépendance des expertises. Or les preuves sur les conflits d'intérêt s'accumulent :

   - l’INRA a analysé 672 articles scientifiques publiés entre 1991 et 2015 et portant sur l’efficacité de plusieurs plantes OGM : « 40 % des études ont été menées ou financées entièrement ou en partie par les industries de biotechnologie » et leurs conclusions sont plus souvent favorables aux intérêts des industries que celles sans conflits d’intérêt ;

   - un rapport publié le 14 juin par l’ONG « CEO » révèle, après analyse des déclarations publiques d’intérêt de 200 scientifiques des dix groupes d’experts de l’EFSA, que « 46 % d’entre eux sont en conflits d’intérêt, directs ou indirects, avec des entreprises dont ils sont sensés évaluer les produits » : 57 % pour les additifs alimentaires, 48 % pour les résidus de pesticides, 44 % pour les OGM.

L’EFSA conteste bien entendu cette analyse, mais il n’y a pas de fumée sans feu. Quand on sait le poids des lobbies industriels présents à Bruxelles (entre 15 000 et 30 000 salariés dont au moins les 2/3 représentent les industriels !), on aimerait que tous les doutes soient levés de manière catégorique et que les agences européennes agissent dans la plus stricte indépendance.

L’EFSA doit adopter avant l’été une nouvelle charte d’indépendance. Alors que la confiance des citoyens en l’Europe est au plus bas, la morale publique voudrait que toutes les agences européennes agissent dans la plus stricte indépendance pour le seul intérêt des consommateurs européens avec des mesures très simples : interdiction totale des conflits d’intérêt, transparence absolue, contrôle par une autorité indépendante, etc.