Chaloupe

L'accord de Paris sur le climat :

un objectif ambitieux mais

qui reste à traduire dans les politiques publiques

le plus tôt possible !

 

L'accord adopté le 12 décembre 2015 par l'assemblée des 195 pays réunis à Paris lors de la COP 21 devra être signé par les Etats le 22 avril 2016 et entrera en vigueur à partir de 2020 s'il est ratifié en 2017 par 55 pays représentant au moins 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Un objectif ambitieux

Cet accord est ambitieux parce qu'il inscrit pour la première fois dans l'histoire l'objectif de contenir le réchauffement de la planète « bien en dessous de 2°C » (par rapport à la situation d'avant 1850) et de poursuivre les efforts pour ne pas dépasser 1,5°C, ce que demandaient les pays insulaires aujourd'hui menacés par la montée des eaux (art. 2.1.a).

Il prévoit également qu'un pic des émissions de gaz à effet de serre doit être atteint « aussi vite que possible »  avec des réductions rapides pour parvenir à un « équilibre », c'est-à-dire ramener à zéro les émissions nettes entre 2050 et 2100.

Enfin, les pays du Nord ont accepté de mobiliser au minimum 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020 pour aider les pays du sud à faire face aux changements climatiques.

Des étapes et des moyens trop flous

Mais cet objectif, si ambitieux soit-il, reste flou sur les étapes intermédiaires et les moyens d'y parvenir :

- L 'accord de Paris est basé sur la somme des engagements volontaires des 195 pays (ce qu'on appelle les INDCs) et non pas sur un partage des efforts à accomplir pour réduire les GES. L'accord n'est pas juridiquement contraignant (les USA ont refusé cette clause) et ne prévoit aucun mécanisme de sanction. Selon les spécialistes, la somme des engagements annoncés pour 2025-2030 entraînerait un réchauffement d'environ 3°C en 2100 (Réseau action climat de France), contre 4,5°C si rien n'était entrepris. Or, c'est dans les années à venir que se jouera le sort du climat.

- Certes, l'accord institue une révision des engagements volontaires tous les 5 ans. Mais s’il entre bien en vigueur en 2020 après un état des lieux en 2018, la révision n'interviendra qu'en 2025 suite à un premier bilan effectué en 2023 (art. 14) !

- Enfin, l'accord ne mentionne nulle part les moyens de parvenir au fameux équilibre : moyens artificiels (stockage du CO2), accroissement de la biomasse (forêts, parcs naturels…), efficacité énergétique, abandon de l'exploitation des ressources fossiles, surdéveloppement des énergies renouvelables.

Un signal qui appelle une accélération des mises en cohérence

Pour autant, l'accord de Paris est un signal qui appelle, de la part des Etats et de la communauté internationale, une mise en conformité des réalisations avec les objectifs fixés sur des points précis. Pour la CLCV, celle-ci doit intervenir le plus rapidement possible :

- en ne finançant plus l’exploitation des ressources fossiles : charbon, pétrole, gaz... ;

- en utilisant la baisse du prix du pétrole pour relever sensiblement la fiscalité des carburants ;

- en accélérant la rénovation énergétique des logements ;

- en développant massivement et dès maintenant les énergies renouvelables car le coût de l'électricité nucléaire, qui avait déjà été rejoint par celui des éoliennes, l'est actuellement par le solaire photovoltaïque. De plus, les prévisions montrent que le coût de ces deux derniers moyens de production devrait encore baisser très nettement alors que le nucléaire et le charbon devraient connaître une augmentation. Faut-il rappeler à ce sujet qu'au Danemark, où les énergies renouvelables représentent déjà 40 % du mix énergétique, les pouvoirs publics viennent d'annoncer leur objectif de parvenir à 50 % d'énergies renouvelables d'ici à 2020 et à 100 % en 2050 !

La mobilisation de la société civile

N’oublions pas que l'accord de Paris est aussi le fruit de la mobilisation de la société civile à travers ce qu'on appelle « l'agenda des solutions », lancé en 2013 par le secrétaire général des Nations Unies et qui rassemble aujourd'hui 11 000 engagements concrets de 150 régions, 2 250 villes, 2 025 entreprises, 424 investisseurs et 235 ONG.

Prochaines étapes à suivre de près :

- Deux rencontres des acteurs non étatiques déjà programmées en 2016 : un sommet action climat à Washington en mai à l'initiative de l'ONU et Climat chance à Nantes en septembre, organisé par des acteurs non étatiques.

- La COP 22, quant à elle, se réunira en mai 2016 au Maroc.

- L'accord de Paris devrait être ratifié en 2017.

- Le GIEC établira en 2018 un nouveau rapport sur les conséquences d'un réchauffement climatique supérieur à 1,5°C.

Le changement climatique, ce n'est pas une idée pour demain.

C'est aujourd’hui qu'il nous faut tous agir pour l'avenir des générations futures !

Yvon Thomas, Claude Martel, Christian Bardinet,

Jean-Luc Jaouen, Michelle Le Roux,

coprésidents