Chaloupe

Le point sur les pesticides

 

1962 : Rachel Carson publie « Printemps silencieux » dénonçant les dangers des pesticides tels que le DDT, pour les hommes comme pour la faune.

1997 : La CLCV du Finistère lance une campagne contre l’usage des pesticides en publiant une brochure intitulée « Se méfier des pesticides comme de la peste » et prend l’initiative, avec la DDCCRF, de l’opération « Jardiner au naturel » sur le Finistère.

2001 : La CLCV et Eau et rivières de Bretagne portent plainte contre Monsanto pour publicité mensongère sur le Roundup, premier désherbant au monde. Le 26 janvier 2007, le tribunal condamne le géant américain de l’agrochimie et la société Scotts France - qui distribue le Round Up dans l’hexagone - à 15 000 € d’amende chacun, condamnation confirmée le 29 octobre 2008 par la Cour d’appel de Lyon pour avoir présenté l’herbicide comme « biodégradable » et laissant « le sol propre ». Le 6 octobre 2009, la Cour de cassation rejette le pourvoi formé par Monsanto, rendant définitive sa condamnation pour publicité mensongère sur le Roundup.

2012 : La CLCV du Finistère édite la brochure « Nous pouvons tous manger du bio ».

2015 : Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), s'appuyant sur 200 études menées par des scientifiques indépendants, classe le glyphosate (molécule principale du Roundup) comme « probablement cancérogène » pour les humains.

2017 - 1er janvier : En application de la loi Labbé de 2015, les collectivités locales ne peuvent plus utiliser ou faire utiliser des pesticides pour l’entretien des espaces verts, forêts ou promenades accessibles ou ouverts au public.

2017 - mai : Le gouvernement français promet que le glyphosate sera interdit dans ses principaux usages d’ici 2021 et pour tous les usages d’ici cinq ans.

2017 - 27 novembre : A la majorité qualifiée des Etats membres, l'Union européenne renouvelle pour 5 ans l’autorisation du glyphosate, pourtant considéré comme cancérigène probable par l’OMS.

2018 - août : Le tribunal de San Francisco condamne Monsanto à indemniser de près de 290 millions de $ en dommages et intérêts Dewayne Johnson, 46 ans, victime d’un cancer, qui accusait le géant agrochimique d’avoir caché la dangerosité de son désherbant. Des milliers d’autres procédures contre Monsanto sont en cours aux Etats-Unis.

2018 - 1er septembre : L’utilisation de 5 substances insecticides contenant des néonicotinoïdes est enfin interdite en France. Ces produits sont les premiers responsables de la mortalité des abeilles.

2019 - 1er janvier : En application de la loi Labbé, la vente, la détention et l’utilisation de tous les pesticides chimiques pour les particuliers est interdite. Seuls restent autorisés les produits de biocontrôle, qualifiés à faible risque ou dont l’usage est autorisé dans le cadre de l’agriculture biologique.

2019 - décembre : Les pouvoirs publics fixent des distances minimales à respecter entre aires de traitement par pesticides et habitations : 3 m, 5 m, 10 m, voire très exceptionnellement 20 m en fonction du type de culture et de la dangerosité des produits utilisés. Des chartes départementales devront êtres signées.

2020 : Le Conseil d’Etat juge illégaux les arrêtés municipaux interdisant l’utilisation de pesticides à moins de 150 m des habitations.

2021 - 19 mars : Le Conseil constitutionnel, donnant raison aux associations de défense de l’environnement qui combattent depuis plus d’un an un arrêté et un décret qu’elles estiment totalement inefficaces, juge que les « chartes d’engagements » censées encadrer l’usage des pesticides près des habitations sont « contraires » à la Constitution et à l’article 7 de la Charte de l’environnement, le principe de participation du public ayant été bafoué.

2021 - mars : Le Conseil d’État valide l’arrêté ministériel autorisant le recours temporaire aux néonicotinoïdes par les producteurs de betteraves. C’est une brèche dans l’interdiction qui avait été prononcée en 2018.

2021 : L’INSERM, après analyse de 5 200 études internationales, établit pour la deuxième fois (la première analyse datait de 2013) une « présomption forte » de lien entre l’exposition professionnelle à certains pesticides et six maladies : Parkinson, cancer de la prostate, lymphomes non hodgkiniens, myélomes multiples, bronchopneumopathie chronique et certains troubles cognitifs.

2021 - juillet : Une étude indépendante de l’Institut de recherche sur le cancer de Vienne conclut que la grande majorité des 53 études qui ont fondé l’opinion des autorités sanitaires européennes sur la non-toxicité du glyphosate ne remplissent pas les critères de qualité attendus.

2021 - juillet : Le projet de cadre mondial sur la biodiversité biologique qui doit être adopté par la 15e conférence des parties à Kunming en Chine en 2022 demande de réduire d’au moins 2/3 les rejets de pesticides.

2021 - août : Selon un rapport du ministère de l’agriculture, près de 44 000 t de pesticides ont été vendues en France en 2020, soit 23 % de plus qu’en 2019, mais bien moins qu’en 2018 (62 855 t), ce qui est le signe que les pratiques plus environnementales progressent. En revanche, les ventes de glyphosate progressent de de 42 %, se rapprochant de celles de 2018, ce qui est un mauvais signal alors que les pouvoirs publics ont annoncé la fin définitive du glyphosate en 2022.

2022 - juillet : L’utilisation des pesticides sera interdite dans les campings, les copropriétés, les cimetières et les stades pour sport amateur.

2023 - mars : Plusieurs journaux ont publié une carte de la contamination des eaux par les polluants éternels (PFAS), au nombre de 4 000. Compte tenu de leur liaison fluor-carbone qui les rend très stables et peu dégradables dans l’environnement, ces molécules chimiques sont appelées « polluants éternels ». Elles se retrouvent dans une multitude de produits de la vie quotidienne : emballages alimentaires, cosmétiques, revêtements anti-adhésifs, textiles, mousses anti-incendie, produits phytosanitaires, etc. Les plus connus de ces polluants (PFOA et PFOS) sont employés notamment dans le Téflon comme revêtements anti-adhésifs.

2023 - mi-mars : selon un arrêté ministériel, en réponse à une injonction du Conseil d’État de fin 2022, l’épandage de pesticides dangereux pour la santé, c’est-à-dire comportant une substance suspectée d’être cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction, est désormais interdit à moins de 10 m des habitations.

2023 : Les pesticides, après épandage sur les champs, se dégradent en métabolites, substances de plus en plus présentes dans les eaux des nappes phréatiques ou des rivières jusqu’à l’eau du robinet, atteignant voire dépassant largement les seuils réglementaires fixés par l’Europe, soit 0,1 µg/litre pour un pesticide. On retrouve plusieurs métabolites dans ces dépassements de seuils, dont l’ESA métolachlore né de la dégradation d’une molécule, le S-métolachlore, herbicide autorisé et massivement employé dans la culture du maïs. Mais l’ANSES, par un tour de passe-passe, a relevé en avril le seuil de dangerosité en déclassant l’ESA métolachlore, qui était substance « pertinente », en « non pertinente ». Par cette opération, la limite de qualité s’élève à 0,9 µg/l et ainsi, au lieu de 690 communes en dépassement sur la Bretagne, on passe à seulement 17.

2023 - avril : troisième alerte de l’année sur les pesticides : un rapport de l’ANSES révèle qu’un tiers de l’eau potable distribuée en France est pollué par les métabolites du chlorothalonil, un pesticide commercialisé par Syngenta, utilisé depuis 1970 et interdit en 2019 !