Chaloupe

Les attentes des consommateurs en matière d'alimentation

Voici le texte d'intervention de la CLCV en introduction du forum « Se nourrir à quels prix ? » qui s'est tenu à Brest le 27 janvier 2018 sur le thème de l'agriculture et de l'alimentation :

Pour la CLCV, on peut retenir cinq tendances de fond dans les attentes des consommateurs qui ont évolué en fonction des crises alimentaires, de la crise économique de 2008 et des préoccupations croissantes de santé et d'environnement.

1- Les consommateurs fréquentent de moins en moins les grandes surfaces et de plus en plus les commerces de proximité, marchés, circuits courts...
Au cours des trois dernières années, la fréquentation des supermarchés, jugés trop grands, trop éloignés et trop encombrés de produits superflus, n'a augmenté que de 0,3 % pour un marché en progression globale de 3 %). Les consommateurs leur préfèrent les commerces de proximité (+ 7 %), les magasins spécialisés, le commerce en ligne, les marchés et les circuits courts.

2- Les consommateurs demandent une traçabilité plus complète (source : INRA/CLCV)
- 70 % des consommateurs souhaitaient connaître l'origine de tous leurs aliments, suite à l'affaire des plats cuisinés Findus et Spanghero.
- En 2016, une enquête sur l'alimentation menée dans le cadre d'un partenariat INRA/CLCV a révélé que 97 % des personnes interrogées souhaitent disposer d'une information plus complète sur l'usage de produits chimiques, les OGM, l'origine des ingrédients et les aspects nutritionnels (le logo Nutriscore constitue à cet égard une réelle avancée).
- Nous bénéficions en France d'une bonne traçabilité de la viande, de la fourche à la fourchette, ce qui n'est pas du tout le cas aux USA. De même, nous avons 1 510 appellations d'origine protégée en Europe alors qu'aux USA, celles-ci ne sont pas reconnues. Ce sont là certaines des raisons qui nous ont amené à dénoncer le TAFTA.

- En revanche, nous n'avons aujourd'hui aucune visibilité sur les nanoparticules. Une enquête de la direction des fraudes de novembre 2017 révèle ainsi que 9 denrées alimentaires sur 10 contiennent des nanoparticules (exemple : le dioxyde de titane E171).

3- Les consommateurs accepteraient de payer un peu plus cher (source : Enquête CLCV)
61 % des consommateurs sondés seraient prêts à payer plus cher des produits alimentaires présentant une meilleure qualité nutritionnelle avec une origine France et un mode de production respectueux de l'environnement.

4- Les consommateurs mangent de moins en moins de viande (source : France Agrimer)
La consommation de viande est en baisse depuis la fin des années 1990. Les français mangent moins de porcs et moins de bœuf, ce qui est une bonne chose du point de vue du réchauffement climatique. Cependant, la consommation de volaille progresse légèrement. Cette évolution tient aux crises alimentaires qui ont touché la production animale, au vieillissement de la population, aux préoccupations croissantes de santé, d'environnement et de bien-être animal, au fait de manger bio entraînant une baisse de la consommation de viande, à la remise en cause de l'un des slogans des « trente glorieuses » (manger 150 g de viande par jour, alors qu'on estime aujourd'hui que 50 à 70 g par jour suffisent largement).

5- Enfin, les consommateurs consomment de plus en plus bio (source : Agence Bio)
- 15 % des français mangeaient quotidiennement des aliments bio en 2016, contre 9 % en 2014.
- D'après le baromètre Agence Bio/CSA de 2017, près de 9 français sur 10 ont consommé du bio au cours de l'année 2017.
Le bio représente actuellement 7 % de la surface agricole utile. Il représentera, selon la Fédération nationale de l'agriculture biologique, au moins 15 % en 2022. Les Etats généraux de l'alimentation auraient donc dû retenir l'objectif de 20 %.

Conclusion : Nos anciens repères se perdent : le tout viande, le tout pesticides, le tout maïs, le tout soja, etc. La question centrale, c'est maintenant : quel modèle de développement agricole devons-nous mettre en œuvre qui puisse créer de l'emploi, nourrir toute la planète avec l'empreinte d'une seule planète et dans le respect absolu de l'environnement ?

Lactalis - procédures de rappel :
la CLCV demande plus de transparence et un renforcement des contrôles

Depuis début décembre 2017, l’ampleur de l’affaire des laits contaminés Lactalis ne fait que croître. Des mesures de rappel et de retrait de produits ont concerné des millions de boîtes présentant un risque de contamination par des salmonelles.
Pour faire face à cette crise sanitaire, 12 lots ont été retirés du marché puis plus de 600 références pour un bilan final de 1 345 lots en fin d’année 2017. En décembre, un arrêté préfectoral a demandé l’arrêt des activités de l’usine de production de Craon (Mayenne). Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris pour connaître les causes de la contamination.
Nous découvrons avec stupeur que toutes les enseignes n’avaient pas retiré les produits de leurs rayons, exposant les nourrissons à des risques pour leur santé. Près de 40 enfants sont déjà concernés par une contamination.
Un manque d’information sur les responsabilités
La CLCV réclame que la umière soit faite sur les différentes responsabilités individuelles dans cette affaire. Il est essentiel de connaître la totalité des circonstances qui ont mené à cette crise sanitaire. C’est indispensable pour éviter que de pareilles situations se reproduisent.
Nécessité de renforcer les contrôles
Les contrôles des inspecteurs vétérinaires dans l’usine de Craon et ceux de la DGCCRF en magasin n’ont pas suffi à éviter la contamination en usine et la commercialisation par un grand nombre d’enseignes des produits potentiellement contaminés.
Il faut comprendre pourquoi les contrôles n’ont pas été suffisamment efficaces. Nous appelons donc à renforcer les contrôles sanitaires tout au long de la filière.
Rappels alimentaires : les consommateurs ne se sentent pas assez informés
Dans une enquête publiée en février 2017, la CLCV a montré que 77 % des consommateurs considèrent qu’ils sont insuffisamment informés sur les rappels alimentaires. Il est urgent que soit mis en place un système de communication efficace. Notamment, il faut que les rappels soient mentionnés en magasin de façon claire et visible pour les consommateurs.

Etiquetage nutritionnel : des logos testés à la rentrée

 

Sur 75 % des produits alimentaires préemballés, les consommateurs disposent aujourd’hui d’un tableau nutritionnel mentionnant les éléments suivants et dans cet ordre précis:

   - la valeur énergétique (en kj et kcal),

   - la quantité de matières grasses et d’acides gras saturés (en g),

   - la quantité de glucides et de sucres (en g),

   - la quantité de protéines (en g),

   - la quantité de sel.

Ce tableau devient obligatoire dès la fin de l’année pour tous les produits préemballés, mais il a un inconvénient majeur : il est totalement incompréhensible pour les consommateurs.

La CLCV demande depuis plus de 10 ans la mise en place d’une information nutritionnelle simplifiée complémentaire.

Elle a été entendue par le ministère de la santé qui a annoncé la mise en place en septembre 2016 d’une expérimentation grandeur nature permettant de décider quel logo nutritionnel sera utilisé en France dès 2017.

Ce nouvel étiquetage se veut une aide au consommateur pour l’aider à voir plus clair dans ses achats et contribuer à lutter contre les problèmes de surpoids, de diabète et de maladies cardiovasculaires.

Quatre logos seront testés dans 50 supermarchés pour une durée de 3 mois.

Deux types de logos se démarquent :

   - un logo à 5 couleurs traduisant la qualité nutritionnelle globale du produit : vert pour les aliments les plus équilibrés, rouge pour les plus gras, les plus salés ou les plus sucrés. Ce logo a reçu un avis favorable du Haut conseil de la santé publique ;

   - un logo qui met en avant la fréquence de consommation conseillée des aliments avec des triangles de couleur, de « très souvent » pour les fruits et légumes jusqu’à « occasionnellement » ou en « très petite quantité ». Ce logo a la préférence des industriels.

Cependant les industriels, comme les distributeurs, s’opposent à une présentation trop discriminatoire des produits alimentaires ; ils ne seront pas tenus de s’y soumettre et ce nouveau logo restera facultatif. Il constituera toutefois une avancée dans le droit à l’information du consommateur et dans le domaine de la santé publique.

Sécurité alimentaire (pesticides, OGM, perturbateurs endocriniens...) :
à quand une véritable indépendance des institutions ?

 

Le 20 mars, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence de l’Organisation mondiale de la santé, déclarait le glyphosate, molécule de base du Round up de Monsanto, pesticide le plus vendu au monde, génotoxique, cancérogène pour l’animal et « cancérogène probable » pour l’homme. Depuis cette date, le CIRC est la cible d’attaques virulentes de Monsanto-Bayer qui visent à le décrédibiliser alors que les études du CIRC se fondent sur des expertises internationales indépendantes.

Rappelons que l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) contestent également ces conclusions du CIRC et qu’en conséquence, la Commission européenne a donné son accord le 16 mai à un possible renouvellement pour 10 ans de l'autorisation du glyphosate, dont la licence est arrivée à terme.

Concernant les perturbateurs endocriniens, l’Europe, sous la pression des lobbies industriels, n’a toujours pas défini ces perturbateurs, étape préalable avant une éventuelle interdiction ou limitation.

Concernant les OGM, les grands semenciers (tel Monsanto) entretiennent aussi ce que l'on appelle la « fabrique du doute », en remettant en question les rapports des ONG.

La grande question qui se pose donc aujourd’hui à propos de la sécurité des consommateurs est celle de l’indépendance des expertises. Or les preuves sur les conflits d'intérêt s'accumulent :

   - l’INRA a analysé 672 articles scientifiques publiés entre 1991 et 2015 et portant sur l’efficacité de plusieurs plantes OGM : « 40 % des études ont été menées ou financées entièrement ou en partie par les industries de biotechnologie » et leurs conclusions sont plus souvent favorables aux intérêts des industries que celles sans conflits d’intérêt ;

   - un rapport publié le 14 juin par l’ONG « CEO » révèle, après analyse des déclarations publiques d’intérêt de 200 scientifiques des dix groupes d’experts de l’EFSA, que « 46 % d’entre eux sont en conflits d’intérêt, directs ou indirects, avec des entreprises dont ils sont sensés évaluer les produits » : 57 % pour les additifs alimentaires, 48 % pour les résidus de pesticides, 44 % pour les OGM.

L’EFSA conteste bien entendu cette analyse, mais il n’y a pas de fumée sans feu. Quand on sait le poids des lobbies industriels présents à Bruxelles (entre 15 000 et 30 000 salariés dont au moins les 2/3 représentent les industriels !), on aimerait que tous les doutes soient levés de manière catégorique et que les agences européennes agissent dans la plus stricte indépendance.

L’EFSA doit adopter avant l’été une nouvelle charte d’indépendance. Alors que la confiance des citoyens en l’Europe est au plus bas, la morale publique voudrait que toutes les agences européennes agissent dans la plus stricte indépendance pour le seul intérêt des consommateurs européens avec des mesures très simples : interdiction totale des conflits d’intérêt, transparence absolue, contrôle par une autorité indépendante, etc.

Etiquetage de l’origine
Crèmes dessert, raviolis, pizzas : les grands oubliés de l’expérimentation !

 

En Europe, 70 % des consommateurs souhaitent connaître l’origine de leurs aliments . Et la demande est encore plus forte lorsqu’il s’agit de produits alimentaires à base de viande ou de lait, comme l’ont montré des rapports de la Commission européenne. Côté français, même constat. Notre enquête de 2013 montre en effet que la plupart des consommateurs souhaitent connaître l’origine des principaux ingrédients des plats cuisinés.

Depuis des années, la CLCV réclame davantage de transparence concernant l’indication de l’origine des produits transformés. Ceci dans le but de rendre la chaîne alimentaire moins opaque et de restaurer la confiance des consommateurs, largement mise à mal depuis le scandale de la viande de cheval.

Elle a donc accueilli très favorablement la mise en place d’une expérimentation française début 2017 relative à l’indication de l’origine du lait, mais aussi du lait et des viandes utilisés en tant qu’ingrédients.
Toutefois, l’arrêté publié très récemment fixant les seuils à partir desquels les produits devront mentionner l’origine est en deçà de nos attentes.

Concernant le lait, le seuil de 50 % nous semble satisfaisant. Toutefois, nous déplorons que les crèmes dessert soient exclues du dispositif alors que ces produits sont assimilés par les consommateurs à des produits laitiers.
Pour la viande, nous demandions un seuil de 5 % afin que l’ensemble des produits transformés à base de viande soient étiquetés. Nous regrettons donc que celui-ci ait été fixé à 8 % puisqu’il permettra à des produits, notamment d’entrée de gamme, de ne pas être concernés par l’étiquetage.
Par exemple, certains raviolis pur bœuf ou spaghettis bolognaise qui avaient été impliqués dans la fraude à la viande de cheval échapperont au dispositif. Tout comme certains autres produits, tels des quenelles, des paellas, des couscous, des tartiflettes, des pasta box, des crêpes fourrées, des pizzas.
Par ailleurs, pour certains produits dont la quantité de viande est très proche de 8 %, nous espérons que les professionnels n’en profiteront pas pour revoir leurs formules à la baisse afin d’échapper au dispositif.

La CLCV rappelle qu’il s’agit d’une expérimentation qui sera suivie d’une évaluation. Gageons que celle-ci sera concluante et que pour une meilleure transparence envers les consommateurs, elle sera déployée sur l’ensemble des produits (les crèmes dessert mais aussi les plats contenant moins de 8 % de viande).
Enfin, nous aimerions que cette initiative puisse servir de déclencheur à une généralisation de l’indication de l’origine des ingrédients des produits alimentaires dans l’ensemble des pays européens, comme le réclament depuis des années les consommateurs.